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La violence à vendre

Oct 2026
par Zobel Behalal - GI-TOC

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Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), le conflit lié au Mouvement du 23 mars (M23) a alimenté un écosystème criminel qui s’autoalimente, dans lequel l’externalisation de la violence sert de couverture à l’exploitation économique. Les forces de l’État, les armées étrangères, les sociétés militaires privées (SMP), les groupes armés et les milices tirent profit de cette violence, opérant sous le couvert de la sécurité pour servir leurs propres intérêts en matière de contrôle territorial, d’accaparement des ressources, de perception d’impôts, de spéculation et de clientélisme. En tirant parti de l’instabilité pour générer des profits, ils brouillent les frontières entre autorité publique, intérêts privés et activités criminelles, affaiblissant ainsi les institutions congolaises et compromettant les perspectives de paix.

Le gouvernement de la RDC, freiné par les faiblesses structurelles de son armée, a mis en œuvre une approche similaire, en externalisant sa sécurité à plusieurs acteurs, notamment les groupes armés locaux Wazalendo, l’armée ougandaise et de nombreuses sociétés militaires privées (SMP) pour lesquelles l’émergence d’un modèle de « business de la sécurité » a brouillé les frontières entre sécurité privée, autorité de l’État et intérêts géopolitiques régionaux, en particulier dans le contexte de l’évolution de la coopération entre les États-Unis et la RDC en matière de minerais critiques. À l’instar du M23, nombre des partenaires de sécurité de la RDC ont affiché des motivations économiques, mais ont néanmoins été habilités à agir au nom d’un État qui a renoncé à exercer son contrôle.

Dans ce contexte marqué par une gouvernance défaillante, une présence étatique limitée, une insécurité chronique et un contrôle insuffisant, les acteurs du conflit agissent sans entrave. Ils sont en mesure de poursuivre leurs propres objectifs, les préoccupations sécuritaires étant de plus en plus supplantées par des rivalités géopolitiques et des intérêts économiques illicites. Le M23 et les Wazalendo ont mis en place des administrations parallèles illégales dotées de solides systèmes de taxation. Le M23 a également pris le contrôle de sites miniers clés, notamment les lucratives mines de coltan de Rubaya, ainsi que de couloirs de transport vitaux. L’armée ougandaise s’est employée à sécuriser les artères nécessaires au trafic d’or – une activité à laquelle certains de ses membres auraient participé. La plupart de ces groupes, ainsi que les troupes congolaises, ont cherché à tirer profit du commerce illicite du bois.

L’externalisation délibérée du monopole de l’État sur la force coercitive dans l’est de la RDC a permis l’enracinement d’économies de conflit susceptibles de prolonger l’instabilité et de porter atteinte à la souveraineté de l’État ainsi qu’aux perspectives d’une paix durable. À l’heure actuelle, de nombreuses parties au conflit ont été accusées d’avoir commis de graves violations des droits de l’homme, notamment des actes de torture, des violences sexuelles, des exécutions sommaires, le recrutement d’enfants soldats et des pillages. Il en résulte un écosystème criminel commun que les acteurs du conflit ont tout intérêt à entretenir, la violence devenant l’outil principal.


Principales conclusions

  • La privatisation et l’externalisation des services de sécurité ne constituent pas une solution au conflit, mais un facteur de violence et d’instabilité. Le M23 et les acteurs armés censés le contenir font partie du même écosystème criminel, structuré autour de l’exploitation illégale des ressources, de la corruption au sein des élites et de la mainmise progressive sur l’État.
  • La résurgence du M23 a introduit un niveau exceptionnel de sophistication technologique dans la conduite de la guerre. Ce renforcement des capacités – rendu possible par un soutien rwandais avéré, en violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies – est en train de redéfinir l’équilibre des forces sur le terrain, augmentant la vulnérabilité des forces congolaises et renforçant la capacité du M23 à consolider les zones sous son contrôle.
  • L’externalisation des services de sécurité est devenue un mécanisme d’exploitation au profit des élites. Les contrats des sociétés militaires privées (SMP) sont attribués par le biais de réseaux clientélistes aux plus hauts niveaux de l’État congolais, avec des commissions estimées à plusieurs dizaines de millions de dollars redistribuées au sein des réseaux politiques.

 

Photo de couverture : © Daniel Buuma/Getty Images